Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...
Dans des écoles
Aux murs décorés de tes dessins d’enfants
Sur des bancs où tu seras fier de t’asseoir
Comme se sont assis tes aînés
Quand nos aînés n’y seront plus
On t’apprendra l’obéissance
On t’apprendra la transparence
On te rendra inodore, insipide, insonore et stupide
On t’apprendra le code de la route
A voter oui une fois pour toutes
A votre oui, à voter non... A voter !
A faire ton devoir du dimanche
Tu deviendras celui qui rampe
On éteindra ta lampe
Et tu parleras au nom des autres
Tu diras ‘nous’
Tu diras ‘nous voulons’
Tu ne diras plus jamais ‘moi’
Tu parleras très fort
Tu marcheras quand même
Sous la botte ferrée d’un cabot militaire
Puisqu’il faut le faire
Ou bien tu te feras réformer
Et tu le diras très fort en riant comme une conne
‘Je les ai bien eus, je les ai bien eus’
Comme si c’était possible
Tu seras de la majorité
Ou tu seras de l’opposition
Tu suivras les consignes
Tu seras ‘pour’ ou ‘contre’
Et quand tu l’auras dit
T’iras t’asseoir devant ta soupe
Avant qu’elle refroidisse
Avant même que le Royco se révolte
A défaut d’être quelqu’un, tu seras quelque chose
Dont tu causeras bien haut en faisant de grands gestes, modeste
Tu seras une fonction écrite
En gras sur une carte de visite
Tu écouteras les compliments
Le rouge au front, baissant la tête
Couronnant de tes cheveux blancs
Le pavillon de ta retraite
Et tu diras ‘merci’
Ravalant ta rancœur car on t’aura appris
Qu’on ne parle jamais la bouche pleine
Tu seras un valet modèle, fidèle
Un peu putain bien sûr mais faut bien vivre
Et l’on t’entendra dire :
‘Mon petit, tu sais, dans la vie
On ne fait pas toujours ce qu’on veut
Tu comprendras... plus tard
Il faut plier parfois comme j’ai plié toujours’
Et tu feras le compte de tes amis
Sur le doigt qu’il te restera
D’une vie de labeur
Avec des gens sévères... mais justes
Et l’on t’emportera plié, voûté,
Coudé
Dans une boite en bois
Comme dans le ventre d’une mère
Suivi des enfants de ta femme
Voilà pourquoi
Voilà pourquoi, mon fils,
Ta mère... prend la pilule.