Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...
On sait depuis fort longtemps que l’écrit a laissé progressivement la place à l’image, la réflexion à l’émotion, le recul à l’immédiateté. L’analyse n’est plus l’apanage des journalistes, poussés à faire davantage du faits-divers que de l’enquête d’investigation. Tout doit désormais aller vite, et celui qui ne prend pas le train en marche est très rapidement dépassé par les événements.
Quelques irréductibles de la lecture résistent et pensent que la télévision n’est qu’un ramassis de ragots, de bourrage de crâne et autres salmigondis insipides faits pour les décervelés et chloroformés de naissance. La télé lobotomise ! Mais voilà que la presse se met à se « moderniser » à son tour, à s’adapter, paraît-il, à la demande de son lectorat. Des photographies en couleur apparaissent dans des quotidiens nationaux, des articles de plus en plus courts, écrits pour des gens jeunes et pressés, fleurissent dans des journaux gratuits à la descente des métros et autres trams. Rien ne sert plus à analyser, on n’a, de toute façon, plus le temps de lire, il faut faire court et aller à l’essentiel.
Reste une autre alternative : Internet. On va en un clic de souris surfer sur la « Toile » à la recherche de n’importe quelle information. Les jeunes s’y sentent à l’aise, et les vieux, ma foi, s’en accommodent fort bien. Celui qui ne trouve pas son bonheur dans son journal ou à la télé peut ainsi trouver sur le Net une suite à la réflexion. Mais le Net – ce serait trop beau, est à double tranchant.
Il y a, d’abord, le problème déjà évoqué de l’immédiateté de l’information. Un faits divers, quel qu’il soit, aussitôt arrivé, se retrouve sur un site, un blog, une vidéo. Sans aucune vérification élémentaire, il s’offre à des millions d’internautes avides de sensationnel. Car sur le Net se trouve le meilleur et le pire,
Un autre danger du Net est que celui qui ne fait plus confiance à l’ « information officielle » court le risque de tomber dans le panneau de la rumeur et du complot. Et il devient alors aussi difficile de démêler le vrai du faux, de se méfier de toute cette désinformation ambiante, d’opérer un tri entre le bon grain et l’ivraie. Avec Internet, on est, certes, de plus en plus informé ; mais est-on pour autant de mieux en mieux informé ?
Enfin, cette facilité d’accès à Internet a son revers de médaille : chacun va y voir ce qu’il veut bien y voir ! Si la télé nous imposait des images et des informations sans aucune possibilité d’analyse, Internet est au service du doigt qui clique. Et le doigt est au service d’un cerveau.
Le plus dur, en fin de compte, n’est pas tant de dénigrer la télé au profit d’Internet, que d’apprendre l’esprit critique. Mais l’esprit critique s’apprend dès le plus jeune âge, sur les bancs même de l’école. Permettez notre pessimisme, quand on sait que ceux qui tirent les ficelles ne se réjouiraient pas de voir les gens réfléchir un peu !