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Il y a quelques années encore, on ne parlait pas d’énergie solaire ou éolienne, ou alors avec le risque de se voir traiter d’écolo, ou de doux rêveur. C’était le temps où EDF ne jurait que par le nucléaire, puisque le nucléaire était ce qu’il y avait de mieux, de plus propre ; bref, on connaît la chanson.
Et puis, voilà que, comme sorties d’une boîte à malices, depuis quelques années, on nous parle d'énergies renouvelables ! Puis (suite à quelles décisions politiques, à quels enjeux, à quels intérêts ?), voilà que le solaire est mis sur la touche au profit de l’éolien. Mais un vent de colère se met alors à gronder, des associations naissant aux quatre coins de l’Hexagone, jetant un doute sur le bien-fondé de ces nouvelles décisions.
La presse saute alors sur l’occasion : des sondages commandés par EDF révèlent que de moins en moins de français considèrent l’énergie nucléaire comme un secteur d’avenir. Oui, mais voilà : le débat est un faux débat, puisqu’on sait que le soleil ou le vent ne vont en aucune façon remplacer le nucléaire. Retour à la case départ.
Le temps passe, des éoliennes sont érigées, parfois en dépit du bons sens (du vent ?), sans concertation avec les populations. Les personnes respectueuses de l’environnement, sans pour autant militer dans des partis verts, voudraient y voir plus clair, s’informer réellement. Mal leur en prend : ils n’y comprennent plus rien ! Les journaux, avides de faits divers, relatent les quelques affrontements qui ont lieu ici ou là entre partisans et adversaires de l’éolien, mais refusent d’aller au fond des choses, parlant d’un « épiphénomène » qui, ma foi, ira rejoindre la rubrique du monstre du Loch Ness.
Dans le midi de la France (où le vent, on connaît çà !), les projets pullulent. D’abord dans le département de l’Aude, où des éoliennes sont installées et où des projets d’éoliennes offshore naissent, puis dans l’Hérault, où les éventuels sites éoliens peuvent être comparés à la multiplication des pains.
Vent de colère.
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Certains projets échouent, d’autres voient le jour. Les tenants de l’éolien n’ont peut-être pas tort de rappeler que les éoliennes n’enverront pas dans l’air ni gaz à effet de serre, ni poussières, ni suie, ni cendres, ni fumées, ni pluies acides, ni déchets, ni marées noires… Marjorie Monot, chef de projets à l’entreprise « Ventura », insiste : « De toute façon, admettons que dans quelques années, on trouve autre chose de mieux, il ne nous reste plus qu’à revenir tout démonter, et on ne laisse aucun déchet ! ».
Des réunions d’information sur l’éolien dans l’Hérault ont lieu, au BOUSQUET D’ORB notamment, le samedi 30 novembre 2002. La veille s’était tenue à LODEVE la même réunion, avec les mêmes intervenants.
« Face à la prolifération des projets éoliens et face au manque de concertation avec les populations », plusieurs associations de défense d’environnement se constituent alors en un collectif, le « Collectif de défense des paysages des Monts d’Orb, Escandorgue, Lodévois et Larzac ». « Quels enjeux ? Quels intérêts ? Quels impacts ? » annonçait l’affiche, ajoutant : « Prenez une heure pour réfléchir sur ce qui vous concerne pour les 40 ans à venir ».
Jean-François LOSSE, le coordinateur du collectif, prenait la parole pour présenter les associations représentées autour de la table. DPHC ; DP Larzac ; APPHC ; ASPP ; AFMO ; APPREL ; LMPC… De quoi en perdre son latin ! Le message, lui, était plus clair : « Oui à l’énergie renouvelable, non aux éoliennes n’importe où et n’importe comment. »
On dénombrait en 2002 37 sites dans le département, et il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle localité apparaisse sur la carte. « Nous ne sommes pas contre l’éolien, mais contre l’implantation anarchique des installations » insistait Jean-François LOSSE, président de l’association REVIVRE qui, dans le Lodévois, lève depuis quelques années plusieurs lièvres environnementaux (avenir du site de la COGEMA suite à la fermeture de la mine, problèmes de boues d’épuration à LODEVE, découverte de dépôts d’arsenic tout au long de la rivière La LERGUE, etc. …) Quelles sont alors ses propositions, ses positions ? « La meilleure solution, ce serait encore qu’on installe ces éoliennes en mer puisque, a priori, il n’y a aucune opposition à cela ».
Car des inconvénients, il y en a, et ils sont nombreux. L’impact visuel tout d’abord, avec des projets de constructions de mâts de plusieurs dizaines de mètres et des pales de soixante-six mètres d’envergure, visibles à des dizaines de kilomètres à la ronde. Ces constructions seront signalées aux avions par des feux à éclats, défigureront le paysage, et resteront présentes sous les yeux des riverains pendant au moins quarante ans. Autres inconvénients et non des moindres : le bruit, les perturbations radio et télévision, un périmètre dérangé pour la chasse, des pistes d’accès modifiées ou même supprimées, etc. Enfin, le risque de perte de valeur immobilière fait craindre aux particuliers de ne pouvoir revendre leurs biens, sans parler d’un tourisme en péril, d’un prix de production encore élevé, d’un réseau mal adapté, de créations d’emploi égales à zéro, et d’une affirmation catégorique : l’éolien n’est pas une alternative au nucléaire. Bref, voilà un tour d’horizon bien triste qu’a fait le collectif.
Les projets éoliens sont-ils un danger pour la faune et la flore ? Certains l’affirmaient haut et fort, d’autres étaient moins catégoriques. De l’autre côté de la balance, Marjorie MONOT, chef de projets pour la société VENTURA, une société installée à Montpellier, voyait « évoluer sans problème des oiseaux tout autour des éoliennes ». Marjorie MONOT qui ne voyait quant à elle que des avantages à ses projets, et qui restait convaincue qu’une petite minorité de personnes seulement s’opposait aux projets éoliens.
Des avantages, il y en a, certes, « mais des avantages pour qui ? » faisait remarquer Jean-François LOSSE. La taxe professionnelle, que les communes font miroiter pour tout projet, reste incertaine : les montants n’en sont pas connus, et encore moins la répartition. « L’argent ira d’abord à la Communauté des Communes » faisait remarquer un intervenant, ce qui faisait bondir M. PAILHES , le conseiller général socialiste de LUNAS. « Vos éoliennes m’amèneront rien » renchérissait un viticulteur excédé.
Finalement, de l’avis de nombreuses personnes dans l’assistance, « nos paysages n’ont pas de prix ». N’était-ce pas là un argument de taille ? Un débat houleux s’ensuivait alors, où chacun campait sur ses positions. Une habitante d’un petit village proche, petite bonne femme visiblement émue, éleveur de son état, venait face au public pour rapporter son entrevue avec une société privée et ne mâchait pas ses mots : « Au départ, j’ai fait confiance à cette dame » disait-elle en pointant du doigt son ennemie qui avait eu le courage d’être présente dans la salle. « Elle m’a très vite tutoyée puis m’a proposé une mesure de compensation, celle d’arranger un chemin à peine carrossable » affirmait-t-elle, avant de poursuivre en aparté : « elle a même proposé à mon mari de financer un berger. »
La réunion prenait fin après deux heures de discussions vives et de polémiques stériles. Le vent de la colère allait continuer à gronder à SAINT-MAURICE-DE-NAVACELLES puis encore à LUNAS. On dit bien que ceux qui sèment le vent récoltent la tempête, n’est-ce pas... ■