Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...
Peut-on rire de tout ? Oui. C’est ce que je pense, même si ce que je pense n’est pas parole d’évangile. Et puis, « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », c’est bien connu. Mais comme je me fous de ce que pensent les Espagnols, voilà ma vérité : on peut rire de tout.
Je pourrais m’arrêter là, mais il va bien falloir que je développe un peu. Mes maîtres à penser, on le sait maintenant, sont Blaise Pascal et François Cavanna. Le premier ne fait pas rire, le second ne fait pas rire tout le monde. Oui, on peut rire de tout. Pierre Desproges riait de tout, même du cancer et de la mort (il est mort d’un cancer). La grande mosquée de Paris ne rigole pas, elle, quand elle traîne Charlie Hebdo en justice au sujet des caricatures de Mahomet. Sarko ne rigole pas non plus quand il n’apprécie pas la poupée à son effigie et l’aiguille qui va avec.
Mais on pourrait aller plus loin (non : moins loin) et dire que les gendarmes ne rigolent pas non plus quand ils arrêtent un automobiliste et que ce dernier leur dit : « Quand même, avouez que vous êtes vaches ! ». Mais il y en a qui ont de l’humour aussi, pour preuve cette anecdote racontée par le curé des loubards Guy Gilbert : ce dernier, arrêté par des flics avec un passager sans casque, leur répond : «De toute façon, je ne crains rien, le bon dieu est toujours avec moi ». Et le flic de répondre : « Ah ? Double infraction alors, puisque vous êtes trois sur la moto ! ». Mais de l’humour comme ça, c’est assez rare, faut avouer.
Rigolez, rigolez, il en restera toujours quelque chose. On rit de ce qui nous fait peur. Mais on ne le dit pas, on ne l’avoue pas, on est des Hommes. Mais non, voyons, il ne faut pas rire de certaines choses, de sujets sensibles, de sujets tabous. On peut rire de son voisin, de sa femme, de son canari ou de sa grand-mère qui fait du vélo, mais pas de la maladie, de la mort, de la religion, des hommes politiques, de l’armée, parce que ça ne se fait pas, un point c’est tout. Ce serait quand même honteux, après tout ce mal que se sont donné nos parents et nos grands parents pour tenter de nous donner une éducation, vous savez, cette « bonne éducation »...
Il y a eu une évolution dans l’humour. Pas en bien, évidemment. Certains sujets faisaient rire dans les années 60 ou 70 mais ne font plus rire aujourd’hui. Avant, on pouvait rigoler, c’était le bon temps ! Je me souviens de toutes ces fausses pubs, dans Charlie Hebdo ou Hara Kiri, et je me dis qu’aujourd’hui, décidément non, ce ne serait plus possible, on aurait des tas de gens sur le dos. Christophe Donner en donne un exemple dans « Le Monde 2 » du 13 décembre 2008, à l’occasion de la sortie des plus belles images d’Hara Kiri (1960 à 1985) : un photomontage représente un petit Noir tenu par une main blanche au-dessus d’une bassine fumante, avec une légende : les petits biafrais sont-ils solubles dans l’acide chlorhydrique ?
Vous voyez ce truc, vous, en 2008 ? Moi non. Je me remémore aussi cette pub, où l’on voit une femme qui porte à bout de bras une gazinière, marchant vers son mari qui tient une allumette et qui lui dit : « Chérie, apporte moi la gazinière que je l’allume », avec cette légende : Aujourd’hui, les hommes n’ont plus honte d’aider les femmes à faire la cuisine. Et tant d’autres encore, qui me reviennent en mémoire quand je pense à ces hebdos qui ne pourraient plus exister aujourd’hui. Ce qui voudrait dire que la liberté a foutu le camp ? Mais ne parlons pas de liberté, qui n’est pas le sujet du jour, mais du rire.
Et y a pas de quoi rire. J’essaie de rire, parfois, mais je rie jaune. Il y en qui meurent suite à un manque de savoir vivre ; mais peut-être existe-t-il un manque de savoir rire ? Il était un temps où certains arrivaient à « mourir de rire ». Je vois ces gens, partout, la tête baissée, renfrognés, d’une incivilité insoutenable, et croyez-moi, ça ne me fait pas rire. Leur rire au nez ? Ils ne comprendraient pas. Juste leur sourire alors ? Vous savez, ce « sourire qui ne coûte rien, qui ne peut ni s’acheter, ni se vendre, ni se voler »... Sourire ou rire, juste pour ne pas pleurer, ne pas haïr, ne pas s’emporter, ne pas stresser, ne pas ruer dans les brancards. Le rire, dont la définition ne serait plus celle, dans mon dictionnaire, de « marquer la gaieté qu’on éprouve » mais celle de « railler », ou celle de « se moquer ».
En 2008, les humoristes ont fait ce qu’ils ont pu pour tenter de nous dérider, mais ils ne sont décidément pas bons. Si l’année 2009 pouvait être celle du rire !
Oui, je suis décidé à rire de tout. Vous remarquerez qu’il n’y a ici ni thèse, ni antithèse, ni synthèse, mais une tentative d’emplâtre sur une jambe de bois. Une prothèse, quoi. Allez, ciao, et que le cul vous pèle.