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Le 26 octobre 2008 à Vigny, près de Metz, a lieu un sabotage sur une ligne SNCF. Le 8 novembre, plusieurs actes de malveillance ont lieu sur d’autres lignes du réseau ferré français. Sans faire de victimes, engendrant des retards de rames et quelques dégâts, ces actes ne sont pas revendiqués. Les faits se déroulent en Seine-et-Marne, dans l’Orne, dans l’Oise. Puis un nouvel incident survient dans l’Aude, qui s’avère très rapidement être l’œuvre d’une personne isolée, avant qu’un autre ne survienne à nouveau dans l’Orne le 12 novembre...
Ces incidents font très vite la une des journaux, et sont surtout très vite pris au sérieux par les forces de police et de gendarmerie. Dans la foulée, la section antiterroriste du parquet de Paris est même saisie. Pour de tels faits ? Eh oui, puisqu’il s’agissait là d’une « action concertée » et donc l’enquête était requalifiée en « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ».
L’affaire est rondement menée. « La piste des saboteurs conduit vers des planques de l’ultra-gauche » titrent les quotidiens. Ah, il y avait bien longtemps que l’ultra-gauche n’avait pas fait parler d’elle... Dix personnes sont arrêtées, un leader présumé, Julien Coupat, est mis en garde à vue, interpellé à Tarnac, en Corrèze, dans une communauté libertaire. « Toutes les personnes arrêtées appartenaient à l’ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome ». Et, de plus, « il pourrait y avoir d’éventuels liens avec l’ultra-gauche allemande qui a déjà revendiqué des actions contre des trains transportant des déchets nucléaires. » Un sursaut de l’extrême gauche ? Qui vient d’où, qui fait quoi, qui va nous mener où ?
Olivier Besancenot, porte parole de la LCR, se démarque vite, affirmant que de tels actes n’ont jamais été, ne sont pas et ne seront jamais ceux de la LCR. Il faudra alors se tourner vers les anars, qui sont peut-être la dernière « valeur refuge » pour certains ? Quoiqu’il en soit, nous revoilà avec des gendarmes en surveillance partout, et particulièrement le long des voies ferrées. Et l’on tape, un coup de plus dans les médias, sur les communautés libertaires, une piqûre de rappel ne pouvant faire de mal à personne...
Un important dispositif de gendarmerie est ainsi déployé à Tarnac, un village de 350 habitants. Cinq personnes y sont interpellées, appartenant toutes à l’ultra-gauche. Les habitants sont « surpris ». « Ils étaient très gentils et très polis » disent les voisins, comme s’il fallait être obligatoirement grossier et méchant quand on ne pense pas bien-pensant ! Mais oui, vous savez bien, ces gauchistes, qui ont les cheveux longs et les idées courtes, qui ne se lavent pas et qui puent forcément ! Alors ça surprend quand ils sont "gentils"... Ca a toujours fait peur, ces gens qui puent. "Préparez vos fusils, préparez vos milices" chantait Jean-Roger Caussimon.
Les uns avaient redonné de la vie au village, les autres avaient repris l’épicerie qui faisait également office de café et de restaurant, comme dans bien des bourgs de France. « Ils organisaient également des soirées rock, des soirées d’échecs, et faisaient aussi un restaurant ouvrier ». La peur des Rouges est revenue. Non : des Noirs ! « La résurgence d’un activisme d’ultra-gauche est redoutée depuis plusieurs mois par le ministère de l’Intérieur et les services de renseignements ».
Le groupe incriminé était « suivi par la police depuis des mois » en raison de son appartenance à l’ultra-gauche. Sa présence avait été signalée, en marge d’une réunion du G8 en Pologne. Ces jeunes (tous âgés de 20 à 30 ans) ont donc été interpellés en Corrèze mais aussi à Rouen, à Paris et dans la Meuse. Et il est vrai que ce groupe était particulièrement surveillé, puisque le FBI avait demandé à la France, début 2008, des renseignements sur le chef présumé du groupe, après qu’il eut franchi illégalement avec son amie la frontière avec le Canada et participé, à New York, en janvier 2008, à une manifestation devant un immeuble de l’armée américaine...
Les peines encourues pour ces dégradations vont jusqu’à 10 ans de prison ; leur leader encourt, lui, jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle...La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, déclare que « les perquisitions ont permis de recueillir beaucoup de documents très intéressants ». Que sont ces documents intéressants ? Qui est Julien Coupat, un inconnu jusqu’alors ? Le chef présumé de cette « cellule invisible » est présenté comme un brillant étudiant, issu d’une famille aisée, qui s’est peu à peu « ancré dans l’action violente ». Agé de 34 ans, d’un père médecin et d’une mère cadre supérieur dans un laboratoire pharmaceutique, il a étudié à l’Essec pour ensuite « changer radicalement d’orientation » et aller étudier la sociologie politique. Les enquêteurs lui attribuent un ouvrage, intitulé « L’insurrection qui vient », publié en mars 2007 par les éditions La Fabrique, signé... « Comité invisible ».
Le 15 novembre, les neuf membres du groupe présumé sont mis en examen pour des faits terroristes et cinq d’entre eux, dont Julien Coupat, sont placés en détention provisoire. Les autres sympathisants de cette « mouvance », « d’environ 300 personnes, dont toutes ne sont pas prêtes à des actions violentes », font l’objet d’une surveillance. Tout ceci pour un dossier bien maigre : les inculpés auraient été aperçus le long d’une voie ferrée ! Mieux encore : on leur imputerait d’avoir assisté à des manifestations violentes, ils auraient tiré sur une barrière – avec une corde, s’il vous plaît !- et auraient jeté des canettes de bière lors de manifestations. En France, la polémique enfle. Des pétitions circulent. Et en Corrèze, les habitants s’interrogent, où un comité de soutien est créé. Des délinquants, à la limite, mais des terroristes...
Tout ça pour en venir où, je vous le demande.... Pour dire que j’ai acheté Libération ce matin (ça change du Monde, et de toute façon, on ne trouvait Le Monde nulle part dans la région). Et que trois sujets y sont présentés : l’affaire sus citée, celle des carnets Bertrand, et celle de la surveillance des « blogueurs du Net ».
On va passer en vitesse sur les carnets du « cabinet noir de la république » comme titre Libé, qui écrit que l’ancien patron des R.G. avait organisé une police politique au service de Jacques Chirac. Œuvres de basse police, manipulations de journalistes, on connaît tout ça depuis fort longtemps, n’est-ce pas... Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Revenons enfin un instant sur « les oreilles ministérielles du Net », avec un appel d’offres lancé par le ministère de l’éducation pour surveiller tout ce qui se dit sur le Net.
« Il faut le voir pour le croire » paraît-il. C’est quoi, cette histoire ? C’est l’histoire d’une société qui, depuis deux ans, « assure la veille de l’opinion pour les ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur ». Cette société rechercherait plutôt les éditorialistes et les leaders d’opinion que les blogueurs eux-mêmes. C’est qui, l’homme dangereux, dans l’histoire ? C’est celui qui, « en avançant un nouvel argument, va faire évoluer l’opinion. En fait, c’est un leader d’opinion. »
On savait que tous les ministères sont équipés de ce genre d’outils. Ce qui surprend, c’est cette accélération de la surveillance. La réalité dépasse parfois la fiction, et Big Brother, à côté, c’est du pipi de chat ! On parle de « repérer les leaders d’opinion et les lanceurs d’alerte », « d’anticiper et d’évaluer les risques de contagion et de crise », etc. Et qui est visé ? « Les sites commentateurs de l’actualité, revendicatifs, informatifs, des syndicats, des partis, des militants d’associations, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux,... »
Mais... Mais au fait, c’est quoi mon blog ? Est-ce que je ne commente pas l’actualité, là ? Oh putain. Je voulais finir par une citation, mais vous n’avez qu’à aller la chercher dans ce blog, ç’est pas ce qu’il manque.