Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...
Qu’est devenu François Cavanna ? Vous savez, ce bonhomme dont je dis tant de bien, qui a tout dit, que je cite souvent. C’est vrai quoi, pourquoi nous bassine-t-on avec des écrivains à longueur d’année, et pourquoi ne parle-t-on pas des plus grands écrivains de ce siècle encore en vie ?
Né en 1923 à Nogent-sur-Marne, ça doit lui faire, voyons... 85 ans, quelque chose comme ça. Pas tout jeune, le monsieur, doit pas être très frais actuellement. Et ce serait dommage d’attendre qu’il clapse pour lui faire un bel hommage, comme on le fait à chaque fois. Moi je l’ai toujours connu avec ses cheveux blancs, je ne sais pas s’il était né avec, mais avec, comme on dit, le verbe haut. Non seulement un mec qui sait écrire, mais qui sait parler, qui sait vous en mettre plein la tronche. Qui sait vous émouvoir, quoi. Enfin bon, quand je dis que je le connais, c’est une façon de parler et d’écrire, lui s’en fout complètement, je ne suis qu’une goutte d’eau dans l’immense océan, une minuscule fourmi dans la grosse fourmilière.
On dit toujours que ce sont les meilleurs qui s’en vont : les Brassens, les Brel, les Ferré... Alors non, Cavanna, je veux lui rendre un hommage avant qu’il soit mort, voilà. Et puis les nécros, c’est pas mon style. Et puis j’ai pas envie de chialer sur la mort des gens, ça sert à rien. Dans un de mes journaux, que je retrouve, je lis ceci :
« Quatorze juillet. Léo Ferré est mort. Je ne trouve rien à dire. Tout a déjà été dit et écrit. Léo est mort et je suis triste de savoir qu'il n'y a désormais plus personne pour me faire vibrer ».
Mais si, coco, il y en a eu d’autres, pour te faire vibrer ! Et voilà, pour l’écriture, c’est pareil. Cavanna m’a fait vibrer. Entre autres. J’étais bien jeune, le jour où je l’ai découvert à la télévision, chez ma grand-tante. Oui, chez ma grand-tante parce que, à la maison, nous n’avions pas la télévision. Pas parce que nous n’avions pas les moyens de nous la payer, mais parce que mes parents n’en voulaient pas.
Ce devait être, si ma mémoire Ram est encore valide, dans « Le Grand Echiquier » de Jacques Chancel. Je crois bien. Il nous avait époustouflé, Cavanna. Je devais commencer mon adolescence, ou presque. Depuis, je me suis procuré toute une collection de bouquins : les Ritals, les Russkoffs, Bête et méchant, les yeux plus gros que le ventre, Maria, L’œil du lapin, les Ecritures, Le singe devint con, Le con se surpasse, Coups de sang, La belle fille sur un tas d’ordures, Cavanna par Cavanna, 4 rue Choron, etc., etc. ... Et, bien sûr, je lisais régulièrement les Hara Kiri, Charlie Hebdo, et même, de temps en temps, Ecologie Infos. Je ne pouvais donc que me gaver de ses coups de gueule, et ça, ça m’est resté un peu faut dire. C’est à cause de lui que je suis devenu un peu révolutionnaire, un peu anar, un peu communiste, un peu con, mais je ne lui en voudrai jamais pour ça ! Vous vous rendez compte, si dans ma jeunesse, j’avais lu Guy des Cars, Faurisson et tous les autres, ben j’en serais peut-être pas là. Cette fois, c’est pas la faute à Voltaire, mais à ma mère, mais je ne peux même plus lui faire un procès puisqu’elle n’est plus de ce monde, ce que j’ai répondu à mon radiologue quand il m’a dit : « Vous avez la L 5 abîmée, ça c’est génétique, faut faire un procès à votre mère. »
Bon, je m’égare. Je disais quoi ? Que Cavanna m’a plagié. Voilà. « Maman, tu m’as jeté dans une fosse pleine de monstres, leurs gueules, leurs mains dégoulinent de sang, ils proclament qu’ils aiment et ils égorgent, ils s’extasient, disent que c’est beau et ils tuent, ils tuent, ils tuent... » Tu m’as jeté parmi eux, maman, alors pourquoi m’as-tu fait différent d’eux ? »
Sur la guerre, sur la religion, sur la politique, sur la connerie humaine, sur les médias, sur la chasse, sur tout, vous avez tout dit, cher François. Et je pense comme vous, donc je dois avoir été cloné. Non seulement je pense comme vous, mais je vis comme vous. Et j’aime les mêmes choses que vous. Comme l’écriture et le vélo. Bon, j’écris moins bien que vous, mais je pédale mieux. Et moi, je n’ai jamais la peur de la page blanche : quand j’avais mon journal, j’avais toujours des tonnes de sujets d’avance, et toc !
Tout ça pour dire quoi ? Que je ne sais toujours pas ce qu’est devenu François Cavanna. Dans une maison de retraite ? A l’asile ? Il écrit encore ? Il ne tremble pas trop ? S’il vous plaît, si vous lisez ce message, aidez-moi à retrouver François Cavanna avant qu’il ne passe l’arme à gauche, merci. Et demandez-lui ce qu’il pense de mai 68, pour changer un peu, puisque je sais que lors de ces « événements », il était en train de se faire opérer... des hémorroïdes. Alors je connais déjà la réponse. Allez, zou, merci François, tenez bon, encore un peu, pondez-nous encore quelques bonnes feuilles que je me régale.