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Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...

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environnement (encore ?)

maman j'ai peur !

   Il y a eu le mouton tremblant, la vache folle, le saumon fou ; il y aura… l’homme taré. L’homme par qui tout arrive, et sur qui tout retombera dessus. Quand je parle d’homme taré, ce n’est pas péjoratif, regardez dans votre dictionnaire : « TARE, grave défaut (d’une personne, d’une société, d’une institution). Défectuosité physique ou psychologique, souvent considérée comme héréditaire et irrémédiable ». Si l’on va plus loin, on retrouve à « taré : affecté de tares ». Et un exemple qui n’est pas de moi : « un politicien taré ». Ben, oui, ça doit exister…

 

     Ces quelques lignes ne sont sûrement pas une enquête objective, peut-être un petit billet d’humeur ? Des questions, on s’en pose. Les ondes électromagnétiques sont-elles dangereuses pour la santé ? On n’en sait rien. Celui qui pose la question passe pour un imbécile, jusqu’au jour où des scientifiques daignent prendre l’affaire au sérieux. Au départ, c’est le citoyen qui est dans l’erreur ; à l’arrivée, c’est à lui que l’on donne raison. Mais quel chemin parcouru, quelles galères, et que de temps perdu ! Il en est des ondes électromagnétiques comme des décharges nucléaires ou chimiques, comme des usines dites « à risque », on en a l’exemple tous les jours. Il en va de l’ESB comme des téléphones portables, de la mise sur le marché d’un nouveau médicament comme des risques liés à l’utilisation des fours à micro-ondes. Des exemples, nous en avons tous à foison. Allons-y gaiement, puisqu’on dit que le français a la mémoire courte...

 

     Belgique, 1972. Des élevages dépérissent sous les lignes à haute tension. Les ministères se moquent des fermiers qui tombent malades. En France, idem, ainsi qu’en Italie. Défaillances immunitaires, zonas, leucémies… « Il n’y a aucun risque », disent les scientifiques. Puis des associations sont créées, des procès ont lieu, en cours ou en appel ; à la fin des années 1990, les scientifiques tombent d’accord : « Il y a un risque biologique ». En 2000, plusieurs cadres d’une compagnie d’électricité italienne ont même été inculpés d’homicide involontaire, à la suite de décès dus à des cancers supposés provoqués par la proximité de lignes à haute tension. Un procureur a ordonné une vaste expertise épidémiologique et médico-légale dans la zone concernée. La route est bien longue, qui mène au droit à l’information, mais aussi au droit à la protection des populations.

 

   Depuis la fin des années 1990, les riverains des incinérateurs se plaignent des nuisances et surtout des risques pour leur santé. Leur santé ? Ben voyons, puisqu’on vous dit qu’il n’y a aucun risque ! En 2008, enfin, on reconnaît qu’il existe un lien entre les cas de cancers dénombrés parmi les populations qui jouxtent les incinérateurs.

 

     On a parlé du risque qu’il y avait à utiliser son téléphone portable. Le risque ? Ah bon, parce qu’il y a un risque ? On en riait encore il y a quelques années ; aujourd’hui, les ondes électromagnétiques figurent sur la liste de substances et expositions qui « peuvent être cancérogènes pour l’homme ». Des chercheurs avaient, depuis longtemps, mis en garde contre d’éventuels effets nocifs, mais ils avaient alors vu leurs crédits disparaître… Finalement, lorsque rien n’est prouvé, seuls deux camps s’affrontent : ceux qui « y croient », et ceux qui « n’y croient pas » ! Mais quand les scientifiques débarquent et finissent par passer aux aveux, la croyance laisse la place la certitude. Les professeurs sont nos nouveaux Bons Dieux !

 

 

     La télé nous annonce un nouveau cas de « vache folle ». On ne comptera bientôt plus ces cas d’encéphalopathies spongiformes bovines, appelées plus couramment « maladies de la vache folle ». Au début des années quatre-vingt-dix, on pensait que le phénomène ne durerait pas. Se pourrait-il que la maladie de la vache folle se transmette à l’homme ? Jamais de la vie ! Et puis un cas de maladie est apparu, puis deux, puis trois… et la psychose s’est installée. Les scientifiques, sûrs d’eux comme à l’accoutumée, se voulaient rassurants : de toute façon, « il n’y a pas plus de maladies qu’avant, simplement celles qui apparaissent sont dépistées systématiquement ». Ah bon. Les farines animales, mises en cause, qui servent à l’alimentation du bétail, « ne sont pas plus dangereuses que l’herbe broutée à proximité d’une autoroute », qu’ils disaient !

 

    Il en est de même pour la grippe aviaire, avec les mêmes risques, les mêmes questions, les mêmes affirmations... On ne nous dit pas tout (et il vaut peut-être mieux) puisque j’ai appris qu’on s’affole de temps à autre dans les milieux médicaux, car nous ne sommes absolument pas prêts à une crise de grande ampleur, avec une population absolument pas préparée non plus.

 

   Là, je me souviens tout à coup des affirmations d’autres scientifiques lors de la catastrophe de Tchernobyl, et je me dis : s’ils disent que tout va bien, c’est qu’ils nous cachent quelque chose ! Voyez un peu comment on finit par raisonner, dans notre petit monde. Avec le risque, évidemment, de ne plus faire confiance en personne, ce qui ouvre la porte à toutes les superstitions !

 

 

     Les années quatre-vingt-dix sont celles de toutes les nouvelles maladies. Les années les plus folles, au cours desquelles l’homme se retrouvera dans un engrenage qu’il ne pourra plus contrôler. La fin du siècle, peut-être ? C’est la faute au progrès ? C’est la faute à la lune ? C’est la faute à Voltaire ? Le clonage a beaucoup fait parler de lui, on arrive maintenant à faire des « copies » d’animaux… Et pas des hommes, dîtes-vous ? Et pourquoi pas des hommes ? Non, non, c’est interdit. C’est écrit noir sur blanc dans les journaux : « le clonage dans l’espèce humaine est interdit dans tous les pays ». Ah bon, on a eu peur. Enfin quoi, c’est interdit, mais… « une proposition de l’Institut National de la Santé a proposé en 1997 que le clonage soit autorisé dans certaines circonstances ». Quelque temps plus tard, il est officiellement autorisé, mais « seulement à des fins thérapeutiques ». Soyons clairs : ce qui se fait chez les animaux finit toujours par être appliqué chez l’homme, non ? Et ce qui se fait pour les bonnes causes finit aussi par se faire pour les mauvaises.

 

 

     Revenons à nos moutons… tremblants, et à nos vaches folles. En 1996, des chercheurs britanniques ont publié une étude qui a mis enfin en évidence une étonnante parenté entre les gènes qui, chez l’homme et le bovin, dirigent la synthèse de la protéine du prion, cette structure impliquée dans la maladie de la vache folle et de celle de Creutzfeldt-Jakob. Je passe sur les détails : cette nouvelle découverte confirmait la thèse d’une possible transmission de la maladie bovine à l’espèce humaine. Pendant ce temps, le Royaume Uni abattait plus de quarante mille bovins… Ailleurs, rien n’est encore fait, on ne sait rien, on ne sait pas… En France ? Aucun danger ! Pourtant, la fin des années quatre-vingt dix verra une accélération de nouveaux cas, et ce, dans toute l’Europe. Comment ça se fait ? D’où ça vient ? Qui est responsable ? On ne sait pas. Un jour, à la télé, on a vu un éleveur pleurer devant son troupeau qu’on allait abattre : une de ses vaches avait contracté la maladie, bien que cet éleveur ait avoué ne pas avoir donné de farines animales suspectes… Alors quoi ? La série continue…

 

    « Un nouveau cas de vache folle vient d’être découvert dans la Manche (…) Deux nouveaux cas d’encéphalopathie spongiforme bovine ont été détectés ces derniers jours en Ile-et-Vilaine ; les deux troupeaux ont été abattus. C’est le quarante cinquième cas (…) Un nouveau cas de vache folle a été décelé dans la Sarthe ; c’est le cinquante cinquième cas répertorié en France (…) Un cas d’encéphalopathie spongiforme bovine a été signalé dans l’Orne (…) Deux nouveaux cas de vache folle ont été recensés en France, portant à 21 le nombre de cas décelés cette année (…) Deux nouveaux cas de vache folle ont été déclarés  ces derniers jours dans le Finistère et dans l’Oise (…) »

 

     J’arrête là cette énumération fastidieuse. Des farines sont mises en cause et aussitôt interdites, ce qui n’empêche pas l’apparition de nouveaux cas. Oui, mais il y a la période d’incubation. Oui, mais il y a des vaches qui n’ont pas été nourries avec ces farines incriminées. Oui, mais il peut peut-être y avoir transmission autrement… Ce qu’il aurait fallu faire : chauffer. Chauffer les farines comme on aurait dû chauffer, en d’autres temps et en d’autres lieux,  le sang contaminé. Et là aussi, il paraît (mais ce n’est qu’une rumeur) que des gens savaient, mais qu’ils n’ont rien fait. Alors ils sont responsables sans être coupables. Heureusement, en attendant, on nous annonce qu’il n’y aura plus de nouveaux cas, puisque les farines douteuses ne seront plus distribuées. Oui, mais… un an plus tard, des inspecteurs européens accusent des usines d’utiliser des boues d’épuration dans des aliments pour animaux…

 

     Les boues d’épuration : tiens, un nouveau problème ! Il faut bien les éliminer, les boues ! Et les boues, et les sacs en plastique, et les déchets nucléaires, et les piles usagées… Alouette, alouette ! Réagir, réagir… Je fais moi même des bonds sur mon siège en polyuréthane lorsque j’apprends de telles nouvelles. Lorsque je sais que je suis moi aussi un pollueur. Oh, pas autant que l’industriel, certes, mais je roule au diesel, j’achète des emballages, j’utilise un ordinateur, et quoi ? Faut vivre avec, mon vieux, faut faire avec… N’empêche, je suis tourmenté. De voir que nous savons, mais que nous ne faisons rien pour que cela cesse. On aura beau jeu de nous parler du trou dans la couche d’ozone, moi, la couche d’ozone, je ne la vois pas, mais je vois des papiers glacés chaque matin dans ma boîte aux lettres (pourtant, j’ai écrit en gros, dessus : PAS DE PUB SVP), je vois des papiers gras sur la foire et les crottes sur le trottoir, je vois, entends et sens ces gaz d’échappements de voitures qui tournent pendant un quart d’heure devant la boulangerie, et ça me rend malade.

 

 

     Je viens de tomber par hasard (ah, le heureux hasard !) sur un article du Monde diplomatique vieux d’au moins dix ans, qui titrait : l’autophagie, grande menace de la fin du siècle. Autophagie : se manger soi-même. Fin de siècle, vies absurdes, homme fou, lois du profit, arrête, arrête ! L’autophagie fait peur. Il est écrit :

 

     « Plus j’accepte, allongé sur une table d’opération, de recevoir les os, les yeux, les tripes, le sang, les neurones de mon voisin, et plus je me prépare à apprendre du fond de l’ignorance scientifique que j’ai contribué à répandre une pandémie à côté de laquelle le sida n’est qu’un rhume des foins… »

 

     Mais oui, pourquoi ne pas y avoir –aussi- pensé : comme une consommatrice de produits de beauté qui ne sait pas qu’elle consomme aussi des corps humains… Allons encore plus loin, au-delà de l’horreur, si vous me le permettez, car après tout, vous regardez la télévision aux heures des infos, alors plus rien ne peut vous être inaccessible : arrêtons-nous un seul instant, le temps d’une ligne, le temps d’une info, publiée dans le journal Le Monde le 9 avril 1996, que tout le monde a oubliée, ou que personne n’a lue :

 

     « Scandale autour de l’utilisation de placenta humain. – Deux cliniques d’accouchements de Zurich fournissaient du placenta humain pour être incorporé à des farines animales destinées à nourrir des porcs et des poulets. »

 

     Autophagie… Nous nageons en pleine réalité, ce n’est ni un roman, ni un film. 1984  et Soleil vert, à côté de ça, c’est du pipi de chat, vous dis-je ! Allez, j’en ai assez dit pour aujourd’hui, je vais m’enfermer dans ma bulle pour ne plus rien voir, ne rien entendre, ne rien manger. Ou alors manger bio, comme ils disent… Au fait, ils les arrosent avec de l’eau d’Evian, leurs patates ? Ah non, tu ne vas pas remettre ça…

 

 

 

 

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