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Tout va mal. Et ça ne peut pas durer ! Mais si, mais si, on le dit, on le redit depuis longtemps, mais cette fois, je vous le dis. Que va-t-il arriver ? Je ne sais pas, mais il va bien se passer quelque chose. Ca va péter. Une révolution ? Non, quand même pas. Des manifs, ça oui, on adore. C’est vrai quoi, les salaires qui n’augmentent pas, les prix qui s’envolent, trop c’est trop. Il y a trop longtemps que ça dure et, justement, ça a assez duré.
Depuis la crise pétrolière de 1973-74, j’entends dire ceci : « Si ça continue, on ne roulera plus ! ». Alors depuis la guerre du golfe de 1991, n’en parlons même pas. On faisait tous la queue devant les pompes à essence pour faire un plein, on remplissait nos bidons, on stockait dans nos baignoires, on se battait à coup de manche de pioche pour trois litres de carburant à n’importe quel prix, c’était comme ça. Un peu comme lorsqu’on se rue sur l’huile et le sucre de peur que le voisin en ait plus que vous. Bon, quand on n’aura plus d’essence, on roulera à vélo, et ce sera toujours ça de gagné pour la couche d’ozone.
Leçon numéro un, prenez vos stylos. Lorsque le ciel s’assombrit dans le domaine économique, un événement doit absolument survenir. Une catastrophe fera l’affaire, un attentat, une guerre, ou, à défaut, un pet de travers du pape. « La bourse doit automatiquement poursuivre sur une lancée positive » disent les spécialistes.
Plusieurs exemples. Le pet de travers du pape. Bon, j’aurais pu prendre un autre exemple, mais moi, le pet de travers du pape, j’adore. Contrairement à ce que l’on croit, le pet de travers est les prémices d’une embellie boursière. On pourrait penser que les actions chutent dès l’annonce du pet de travers ; c’est ce qui se passe en réalité. Il faut alors savoir que le pet de travers, c’est une pollution de plus pour la couche d’ozone, mais que c’est un ciel qui s’éclaircit pour les actions des industries produisant les masques à gaz. Ne rigolez pas, j’ai l’air de raconter des conneries, mais si vous suivez bien, vous serez surpris.
Idem pour l’annonce d’un conflit pétrolier. Les stocks se volatilisent aussitôt dans les réservoirs des voitures particulières et dans les baignoires des populations effrayées qui font la queue et se battent pour obtenir à n’importe quel prix quelques litres de cet or noir (oui, je l’ai déjà dit plus haut, merci de me le rappeler, mais c’est le signe que vous suivez).
Lors de l’explosion d’une usine chimique à Toulouse en l’An 2001 de notre ère, après la catastrophe écologique qui s’ensuivit et la mort de quelques particuliers sans importance (on ne dénombre finalement « que » 104 morts et 2450 personnes intoxiquées –un peu comme après la catastrophe de Tchernobyl, quoi), les nouvelles se firent très rapidement rassurantes sur les places boursières. Une semaine auparavant, un attentat en Amérique, détruisant deux tours et anéantissant plus de 5000 têtes, avait commencé à jeter un trouble à New York, Paris, Bruxelles, Londres et Tokyo. Là, je ne plaisante pas, car faut pas plaisanter avec ce genre de trucs. Or, les cadavres étaient encore fumants dans les rues de la ville qu’un site américain de vente aux enchères proposait d’acheter les gravats. S’en suivirent de gros marchés pour la reconstruction, ainsi qu’une reprise économique en ce qui concerne la production de béton, l’ouverture de décharges, une vente multipliée par trente du journal « Paris Match », etc. Un peu comme pour les guerres, quand d’un côté nos armes détruisent les villes, et de l’autre côté nos entreprises débarquent pour reconstruire.
De toute façon, personne n’y comprend rien, mis à part quelques initiés (et encore, on se demande bien où on va chercher ces initiés), mais passons puisque là n’est pas le sujet. N’importe lequel de nos concitoyens pas encore totalement borné pourra se rendre compte que, de n’importe quel bout qu’on prenne le problème, ce sera toujours lui le plus floué ; il dira, par exemple : « Quand le prix du pétrole brut augmente, le prix du carburant augmente à la pompe, mais quand le prix du pétrole brut diminue, le prix du carburant à la pompe augmente quand même car on nous explique que le Gouvernement compense la baisse du brut par des taxes pour ne pas foutre le pays en l’air »... C’est à n’y rien comprendre et, effectivement, on n’y comprend rien. Mais on n’avouera jamais qu’on ne comprend pas, bien entendu. C’est comme le Cac 40 qui monte et qui descend : j’ai lu dans mon journal que « la semaine avait pourtant mal commencé (…) Mais la capacité de réaction du marché français a de nouveau fait merveille puisque le Cac 40 prenait 4,32 % le lendemain (…) Sur la semaine, le Cac termine en hausse de 1,6 % à 4587,30 points (…) » N’importe qui ne sait pas, évidemment, que la valeur du point du Cac 40 n’a rien à voir avec le point de sa retraite complémentaire, et que terminer la journée en hausse ou en baisse ne changera certainement rien à la valeur de la salade le lendemain matin sur le marché de la place du village.
La guerre du Golfe et le conflit d’Afghanistan sont d’autres exemples sur lesquels il faut nous attarder encore un instant. Etant bien entendu « en dehors du coup », car pour analyser de telles situations, il faut naviguer dans ces milieux autorisés, nous tenterons d’émettre quelques hypothèses et quelques scénarii pour tenter une meilleure compréhension du problème. Coluche avait certainement raison d’affirmer que « les milieux autorisés, c’est un endroit où vous, vous n’êtes pas » ! - et moi non plus.
Scénario numéro un. Qui a intérêt à déclarer une guerre ? Ceux qui n’ont pas autre chose à faire que de passer leurs journées à la Bourse (voir plus haut).
Scénario numéro deux. Les militaires, qui profitent à l’occasion d’essayer leurs nouvelles armes, car on sait que les champs de batailles sont d’excellents laboratoires grandeur nature.
Scénario numéro trois. Ca se complique encore. On prend un exemple. L’héroïne se vend mal chez nous ? Le marché de la drogue se porte mal ? On manque de « produits » ? Eh bien, allons-y gaiement : les services secrets américains vont à la rencontre d’un illuminé quelconque sur la planète, on dira… un Taliban d’Afghanistan, voilà. On passe un marché. Je te donne une salade, tu me donnes un missile. Quelques jours plus tard, un attentat à New York fait cinq mille victimes. Les américains crient « A l’assassin ! A l’assassin ! », et demandent au Gouvernement de faire quelque chose, qui envoie ses troupes pour une petite vengeance en Afghanistan. Alors, là-bas, les producteurs d’héroïne prennent peur et expédient leur production avant que les bombardements viennent les détruire. CQDF, et voilà pourquoi votre fille est muette. Mais, évidemment, ceux qui sont tout en bas de l’échelle, au-dessous même du premier barreau, ceux-là n’on vu que les informations sur la première chaîne de télé, et donc on peut leur pardonner. Ou alors ils lisent Le Figaro, dont les célèbres mais censurés humoristes et chansonniers à l’occasion, Patrick Font et Philippe Val, disent de ce journal :
« A force d’avoir le nez collé au Figaro
« Ils ont du attraper des morpions au cerveau. »
C’est pas très fin, faut avouer, mais il y a des jours où j’adore ce genre d’humour. Et si je vais trop loin, vous me le dites, j’arrête de suite, car je serais plutôt du genre lâche si vous voyez ce que je veux dire.