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déchets ---------------

(ARCHIVES)

 

Environnement

 

 

LES HAUTS CANTONS DE L’HERAULT NE VEULENT PAS DE DECHARGES.

 

   S’il y a de plus en plus d’ordures ménagères à traiter, il y a aussi de plus en plus d’opposition des populations aux projets de décharges. Annoncé au mois de mai 2003 dans la presse, le projet d’un centre d’enfouissement technique, qui est en fait un CSDU, centre de stockage de déchets ultimes, a fait faire des bonds aux populations des hauts cantons du département de l’Hérault. Indignés, ses habitants, qui se plaignent de n’avoir pas été informés, décident alors de se constituer en association de façon à participer aux différentes commissions mises en place et avoir ainsi accès au dossier.

 

   120.000 tonnes d’ordures ménagères à traiter en quatre ans. - Le site pressenti, qui se trouve sur deux communes (Rosis et Castanet-le-Haut) est déjà bien hypothéqué, puisqu’une décharge y a été exploitée pendant trente ans avant de fermer le 1er juillet 2002. Elle est visible dans la montée du col de la Croix de Mounis, depuis la route départementale 922, à quelques kilomètres au nord de Saint-Gervais-sur-Mare.

 

   Le 16 mai 2003, une convention entre les communes de Castanet, Rosis, le SICTOM de Rosis et le Syndicat d’élimination des déchets de l’ouest héraultais met le site à disposition du syndicat, pour un an d’études qui devraient aboutir à l’exploitation d’une plate forme de stabilisation de déchets organiques et d’un centre d’enfouissement. Le tonnage prévu est important : 120.000 tonnes d’ordures ménagères. Cette décharge, de classe II, sera grillagée et surveillée en permanence.

 

   Une nouvelle technique, la torche à plasma, fait partie de la liste des arguments du syndicat d’élimination des déchets qui la garantit au niveau fiabilité, performances, respect de l’environnement, etc. Le seul problème, c’est que la torche à plasma, selon des informations publiées dernièrement, si elle devait être opérationnelle à Castanet,  ne le serait que dans quelques années ; même les projets espagnols et italiens, plus avancés, font du surplace. Bref, la torche à plasma n’est pas pour demain.

 

   Si la durée d’exploitation de cette décharge avait été annoncée pour quatre ans au départ, les avis ont divergé ensuite et nul, à ce jour, ne sait de quoi il en retourne : la SAFEGE, un cabinet privé d’Aix-en-Provence chargé d’entreprendre les études de faisabilité, note, dans son rapport, que « la commune de Rosis, par une convention complémentaire, s’est engagée à mettre à disposition les terrains, pour une durée non encore déterminée (…) ». « C’est clair comme de l’eau de roche »  déclarent les opposants au projet à qui l’on répond, pour faire bonne mesure, qu’une fois exploitée, la décharge pourrait même servir de lieu pédagogique…

 

  Pavé dans la Mare. - Le projet est, certes, de moindre importance que celui de Riols, au lieu-dit Tanarès, qui soulève l’indignation générale depuis plusieurs mois, à un peu plus de trente kilomètres à l’ouest. Là-bas, depuis l’année dernière, c’est la mobilisation générale pour sauver la seule chose qui reste à ce pays économiquement sinistré: un environnement préservé. A chaque manifestation, les commerçants baissent leurs rideaux, affichent leur mécontentement, et ce sont des centaines de personnes qui défilent dans la rue. A Castanet-le-Haut, la mobilisation n’est que naissante, mais une poignée d’irréductibles a déjà fait parler d’elle au cours de quelques actions.

 

   L’ « association de défense et de lutte pour la sauvegarde de la haute vallée de l’Orb et de ses affluents » est créée au mois de juin. Son nom : « Pavé dans la Mare ». La Mare, rivière qui coule tranquillement dans la vallée, se situe en aval de Castanet et se jette ensuite dans l’Orb. « Pavé dans la Mare »  se  donne une mission de vigilance face au manque d’informations et de concertation autour du projet. « Nous n’avons été informés de rien », lancent les habitants des hameaux alentour. A Pabo, Castanet, Plaisance, Andabre, ils ne décolèrent pas ; ils disent : « Nous avons eu la surprise de voir débarquer des voitures, desquelles sont descendus des messieurs en costumes, et là, nous avons compris qu’il allait se passer quelque chose ». Le 13 mai déjà, le « Midi Libre » publiait une information selon laquelle les associations de défense de l’environnement soutenaient le projet. Elle devait être démentie, les associations contactées affirmant n’avoir pas été consultées, et encore moins avoir donné leur accord : « Patanarès », l’association qui lutte du côté de Saint-Pons contre le projet de Riols,  tombait de haut, tout comme les Ecologistes du Caroux….

 

   Dès cette première levée de boucliers, les maires des communes concernées réagissent et organisent une  réunion d’information. Ainsi, le 10 juin, élus et responsables du SICTOM de Rosis invitent les populations à une réunion à Castanet-le-Haut. Max Alliès, le maire de cette petite commune, déclare : « Cette décision n’a pas été prise à la légère », comme pour s’excuser à l’avance du dérangement qu’il allait occasionner. Car du dérangement, il allait y en avoir : au niveau environnemental,  paysager, touristique, routier…  Un peu mal à l’aise devant une assistance nombreuse, Max Alliès poursuit : « Nous souhaitons une contribution, associative ou autre », affirme être ouvert à la discussion, mais il met aussitôt en garde contre une éventuelle mobilisation en poursuivant par des mots qui déclenchent un tollé : « Je n’accepterai pas les oppositions de principe ». « Et arrêtez de mâcher du chewing-gum ! » lui lance-t-on depuis les premiers rangs.

 

   La réunion reste toutefois courtoise, où chacun arrive à s’exprimer. On y apprend que Castanet et Rosis recevront quatre euros par tonne de déchets, ce qui constitue une manne inespérée pour des petits communes ; MM. Alliès (maire de Castanet) et Mendès (maire de Rosis et par ailleurs président du SICTOM), se déclarent à ce sujet « très satisfaits ». De plus, le syndicat d’élimination des déchets promet de prendre en charge le coût de la réhabilitation de l’actuelle décharge, ce qui enlève une belle épine du pied de ces communes. Enfin, le gardiennage du futur centre de stockage sera également à la charge du syndicat, où quatre emplois devraient être créés sur le site - et non de sept ou huit comme on avait entendu au départ. Concernant les emplois, les réactions ne se font pas attendre : « D’abord, le chantage à l’emploi, on connaît, pour tout ce qui est de projets qu’on nous présente ; ensuite, il ne s’agit même pas de créations, mais de déplacements de postes. Il y aura un poste de technicien et trois postes sur le lieu de compostage, et c’est tout ! ».

 

   Les inconvénients passés en revue. - Pour ce qui est de l’environnement, si toutes les précautions semblent vouloir être prises, les populations comptent rester vigilantes. Ce sont des gens qui sont nés ici, qui y vivent et y travaillent, et qui ont la réponse facile à toutes les garanties qui sont présentées : « Cette décharge est située sur une ancienne mine de charbon, il y a des galeries partout » lance l’un d’eux. Un autre renchérit : « Nous sommes sur un lieu très faillé, avez-vous pensé aux risques d’infiltration des eaux ? » ; ainsi, de jour en jour, l’association s’entoure de spécialistes. Historiens ou  géologues, professeurs de géographie ou simples mineurs, chacun donne son avis ou son témoignage, parle de ce qu’il connaît. Et chaque tentative de solution à un problème en soulève un autre.

 

   Ce qui fait le plus peur aux populations en aval, c’est le transport des déchets par camions. On prévoit entre six et huit allers retours par jour sur des petites routes secondaires, très sinueuses et pas adaptées du tout à ce genre de trafic. Qu’à cela ne tienne, le syndicat fait passer, une nuit, un camion par le col des Treize Vents, et annonce le lendemain par voie de presse qu’ « avec une remorque classique, la route serait difficilement praticable, mais avec un porte caisson de 26 tonnes, la desserte du site de Rosis est tout à fait possible. » « Un pavé dans l’argumentaire de ‘Pavé dans la Mare’ », conclue l’article, qui oublie que des camions sans remorques vont passer forcément plus souvent encore, et que s’ils passent par le col des Treize Vents, ils vont inévitablement traverser  Saint-Gervais-sur-Mare, chef-lieu des hauts cantons où le maire, Jean-Luc Falip, par la voix de son premier adjoint, déclare lors d’une autre réunion au mois d’octobre : « Le conseil municipal de Saint-Gervais a pris une délibération pour soutenir les opposants au site de Riols ; donc, il aura la même démarche pour Castanet ».

 

   Le bureau de l’association passe en revue tous les problèmes. Le futur centre de stockage s’exposera à la vue des nombreux randonneurs, sur le GR 653, chemin de grande randonnée et passage obligé des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Un tel site détonnera, à n’en pas douter, dans une région qui se veut préservée de toute pollution visuelle et olfactive, et où une mauvaise publicité aura toujours des répercussions et un impact négatif sur les activités de plein air, l’hôtellerie, la restauration, les campings, etc. « La tranquillité, le paysage, c’est la seule richesse que nous avons ici » lance une habitante du hameau tout proche, ajoutant comme pour implorer : « Que voulez-vous faire de notre région ? »

 

   Les débats publics s’enchaînent dans les villages du canton, où le projet est exposé avant que ne soient soulevés les problèmes liés à l’exploitation de ce futur centre. L’association laisse alors la parole à des spécialistes pour présenter un dossier plus technique et exposer de nouveaux dangers, ceux du ruissellement des eaux, des galeries de mines exploitées ici depuis le moyen âge, du dénivelé important vers Plaisance, d’un site très faillé en général sur tout le secteur concerné et de l’existence d’une faille qui vient du nord en particulier, une faille qui pourrait donner du fil à retordre aux promoteurs de ce projet. « Notre région est un véritable gruyère » lance Gérard Jalabert, le président de « Pavé dans la Mare », qui brandit les pétitions qui s’accumulent.

 

  Pour l’association, la conclusion est évidence : « le site, installé en hauteur sur une crête, n’aurait jamais du être choisi (…) Il y a des roches perméables, poreuses, avec des risques de pollution de la nappe d’eau souterraine. On aurait du proposer un terrain plat, sur des roches imperméables, bref n’importe où au nord de Béziers mais pas ici ». Alors pourquoi cet acharnement, pourquoi ce choix ? Parce que des petites communes ont accepté trop vite de dire oui à n’importe quel projet ? La réponse ne se cache-t-elle pas derrière la remarque pertinente d’un intervenant, qui pense qu’ « on a choisi ce site parce qu’il y a ici moins d’indiens pour rouspéter » ? La réflexion, en tout cas, a déclenché un tonnerre d’applaudissements ; et c’était sans compter que, dans les hauts cantons, si les gens sont moins nombreux qu’à la ville, ils savent se mobiliser pour de grandes causes (on en a eu l’exemple, ces dernières années, pour sauver des services publics, un collège, une école…)

 

    Un projet « mal barré » ? - Six mois ont passé. Des tracts et des bulletins ont été distribués, et l’association est allée à Saint-Pons renforcer les rangs de « Patanarès ». En octobre, le Sous-Préfet de l ‘Hérault, invité sur « France Bleu », déclare le projet de Riols « possible » et celui de Castanet « mal barré ». Une déclaration qui fait s’indigner les opposants à Saint-Pons et donne un peu de baume au cœur à ceux de Saint-Gervais, même s’ils veulent rester vigilants, car aucune décision n’a encore été prise. Jacques Mendès, le maire de Rosis, reproche à l’association « Pavé dans la Mare » un « relent de municipales », parlant d’« une poignée de retraités irréductibles qui ont été battus en 2001 ». Il n’en faut pas davantage pour que la polémique enfle et s’envenime : si la guerre couvait, elle est ouvertement déclarée ! L’association répond par un communiqué de presse : « (…) L’association (…) s’élève contre des propos qui portent atteinte à l’honnêteté intellectuelle de ses membres (…) Forte de ses nombreuses adhésions et signatures, venues de plusieurs communes parfois éloignées, de la mobilisation de la population locale, l’association, dont la majeure partie des membres (…) ne sont pas électeurs à Rosis, dénonce l’amalgame fait entre une motivation soucieuse de l’environnement avec des soi-disant manœuvres politiciennes (…) »  Les projets, certes, en se concrétisant, amènent des surprises, le plus souvent mauvaises, pour leurs initiateurs. Mais doit-on pour autant reprocher à ceux qui posent –et se posent- les bonnes questions d’être des « retraités irréductibles », des « gesticulateurs » (Jacques Mendès, novembre 2003, au sujet de Castanet), ou encore d’ « anarchistes, extrémistes ou autres » (Kléber Mesquida, maire de Saint-Pons, septembre 2003, au sujet de Riols) ?

 

   La colère gronde, la contestation grandit. Quelques « éléments incontrôlés » qui veulent agir plus vite et plus fort commencent à faire parler d’eux en déroulant des banderoles et en laissant quelques inscriptions sur les routes. Un dimanche matin, vers 4 heures, un message s’affiche sur le portable du correspondant local de presse : « Nous venons de frapper (…) Nous nous doutons bien que les banderoles ne resteront pas longtemps en place mais si vous voulez venir voir… » Rien de bien méchant cette fois : des inscriptions, encore et toujours… Un week-end de novembre, une vengeance frappe la résidence secondaire du président de « Pavé dans la Mare », qui y découvre un tas d’immondices. Dans le même temps, comme pour raviver d’anciennes querelles politiciennes entre les communes, on peut lire sur les panonceaux d’affichage que le conseil municipal de Rosis « n’apprécie pas la récente prise de position du 1er adjoint de Saint-Gervais », ajoutant : « Nous n’avons de leçons à recevoir de personne ». Et, devant l’entrée de la décharge, un panneau annonce ceci : «En raison de travaux de réhabilitation du site, la décharge sera interdite jusqu’à nouvel ordre ». En contre bas, des tracto pelles s’activent. Et le site est surveillé.

 

   « Il y a une volonté manifeste de cacher au public ce qui va se faire et se passer ici » déclare Emile Reimat, le secrétaire de « Pavé dans la Mare ». Il cherche, à l’instar de ses collègues, à tenter d’y voir plus clair dans la masse des informations et des contre informations qui circulent. Il récapitule : « Mai 2003, on apprend la signature de la convention par la presse. En juillet, on y lit encore que le projet de Castanet semble en bonne voie, d’après les premiers résultats des études entreprises. Et en octobre, le sous-préfet déclare que le projet est mal barré… Dans l’attente, nous ne nous démobilisons pas, et nous comptons d’ailleurs envisager de nouvelles actions. »  Côté information toujours, la rumeur court depuis quelques semaines selon laquelle un journaliste va être recruté à temps partiel par le syndicat d’élimination des déchets, ce qui fait dire à l’association de défense des riverains : « Doit-on parler d’information ou de désinformation ? » Autochtones, étrangers, néo-ruraux, tous sont aujourd’hui au coude à coude pour dénoncer le manque d’information préalable et resserrent les rangs de l’association. Ceux qui ont décidé de venir vivre ici à la recherche d’une meilleure qualité de vie ne comptent pas baisser les bras. Ils voudraient encore croire à une démocratie participative, plus qu’à une politique du fait accompli. Car les citoyens, peu ou pas informés, finissent par jeter le doute sur tous les projets, autant bons que mauvais.

 

   Riols, Castanet, Pézènes… Et après ? - Le syndicat d’élimination des déchets, lui, cherche toujours des sites. Depuis plusieurs mois, des noms de communes sont avancés, toutes dans la région des hauts cantons de l’Hérault. Dernièrement, à Pézènes-les-Mines, non loin de Bédarieux, le conseil municipal a déclaré dans la presse qu’il a « voté contre à l’unanimité et qu’il n’y a aucune négociation ou pourparlers entre la commune et le syndicat de l’ouest Hérault ». Reste Cazouls-les-Béziers, où Michel Bozarelli devra tout faire pour faire accepter son projet, où il est à la fois président du syndicat et maire de la commune. Celui  de Castanet, s’il voit le jour, devrait être un modèle du genre et fonctionner dans la plus grande transparence, puisque d’autres décharges du même type sont à l’étude, on le voit,  dans la région. Mais pour certains, il n’y a pas de doute : il n’y aura pas de décharge à Castanet. Une affaire à suivre…

 

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