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Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...

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écrire encore --------------------

Un journaliste au chômage, qui se disait "nègre pour inconnus", se propose d'aller à la rencontre des gens pour écrire leur vie.  Ce titre le ravit paraît-il. Il sillonne les routes, écoute les gens, les allège de soixante euros de l'heure,  et note. "Reccueilleur d'histoires". Par peur de moquerie, par timidité, malaise, peur des accusations de narcissisme, ces gens n'osent pas écrire leur histoire eux-mêmes. Peut-être n'en sont-ils pas capables ? Il y en a bien qui vont voir un écrivain public  pour s'adresser à leur percepteur ou à leur propriétaire. Mais leur vie, c'est encore plus compliqué,  plus secret, alors oui, pourquoi ne pas s'adresser à quelqu'un d'autre, à un étranger ? 

 

   Ecrire pour qui ? Pourquoi ? Pour "vider son sac" ?  Pour mettre les choses au point ?  Pour consigner, quelque part, des choses que l'on oublierait peut-être ?  Ou alors pour que quelqu'un lise un jour tout ça ? Pour qu'il reste quelque chose... Peut-être pour "faire un livre", un film, un blog, comme les autres. Avec l'impression, en plus, de faire quelque chose de beau, d'utile, d'agréable, de personnel, d'unique, qui sait... Ou alors, tout simplement, pour écrire ce qu'on n'ose confier à personne ? Mais pourtant, si l'on écrit, c'est bien pour que quelqu'un lise, un jour... Un jour, peut-être. Alors allons-y. Des idées, c'est pas ce qu'il manque... Il y en a tellement, des idées. Mais tout est si confus, si diffus, si touffu...  Moi, j'ai toujours aimé écrire. Pour moi ou pour les autres, mais tenir un stylo, ou taper sur un clavier, quel pied ! Et quand je dis quel pied, je repense à ce qu’écrivit à mon sujet un collègue, en 1984 : « (…) Il était heureux, ou du moins il prenait son pied, ce qui pour un écrivain pousse à certaines positions compliquées (… ) ».

 

   Je rêvais d'écrire, tout petit déjà. Ah mais, vous allez voir ce que vous allez voir. Je vais écrire quelque chose de bien. Tout à l'avenant, sans ordre, sans trop réfléchir. Les livres, c'est ma passion. Alors, en écrire un...  Le temps passe, le souvenir reste : c’est ce que l’on voit écrit dans les cimetières. Ah, si l’on pouvait parler de moi -en bien !- avant l’issue fatale, le grand trou noir, le précipice… Narcissique, moi ?

 

     Ce qui est dit est dit ! Je déteste tellement ces gens qui, par peur du ridicule, en viennent à éviter la vie. A force de vouloir faire simple, de se faire tout petits, ils ne font rien du tout. Résultat ? Un "brouillon d'idées". Réaliserai-je enfin une chose qui me tient à cœur : écrire et publier ? Ecrire, sur tout et sur rien, m'exprimer sans être jugé, noté, éliminé. Ecrire sans avoir à penser « thèse, antithèse, synthèse », introduction et conclusion, plan, guide ; écrire sans avoir la peur au ventre d’être noté, annoté, jugé, corrigé. Je ne suis plus à l’école, nom d’un chien ! Je voudrais tant écrire, écrire encore, beaucoup plus que ce qui tient dans une mémoire d'ordinateur (y'a du boulot!), écrire, même si tout est désarticulé car écrit en très peu de temps sans prendre le temps de tout relire, de tout classer. Mais suis-je le seul dans ce cas ? Je suis certain, même si vous ne l'avouez pas, que vous avez vous aussi voulu écrire. Et même, peut-être, l'avez-vous fait, en secret ou non. Parce que nous avons tous voulu, un jour ou l'autre, nous manifester. Nos souvenirs, nous n'en avons pas été avares. Nous avons tous consigné nos vacances, nos premiers amours, nos joies, nos peines, notre peur de vieillir, celle de mourir... Mais, à force de vouloir tout raconter, nous perdons notre temps à écrire et nous n'avons plus le temps de lire ce qu'écrivent les autres ! Et dieu sait s'ils écrivent, les autres... Il paraît qu'une vie d'homme ne suffirait pas à vouloir tout lire, même si nous le souhaitions, même en y passant vingt-quatre heures sur vingt-quatre...

    

     Ecrire. Seul et libre. Oublier les tabous. Pour se procurer, en somme, le sentiment de n'être pas seul. Je ne sais plus qui a écrit : « on a moins peur de parler à une feuille blanche qu'à son père ». Mais ce long monologue est lassant, parce qu'il n'y a personne à l'autre bout pour répondre à nos angoisses. Ecrire. C'est, un peu, s'engager quand même, une manière de gueuler doucement sur le papier. Pendant que nous écrivons, certains connaissent la faim, la misère, la peur, la guerre. Nous savons que nous sommes incapables de changer quoi que ce soit, mais nous écrivons. Nous nous berçons d'illusions dans un monde de désillusions. Pessimiste, moi ?

 

     Et c’est parti (vous y aurez doit, souvent) : notre petit monde est un monde de dégoût, d'assassinats, de meurtres, d'exterminations, de torture, d'esclavage, de guerres, de haine... Ce n'est pas nouveau, nous le savons ! Alors qu’il nous soit permis de gueuler, parfois, comme si de nous révolter pouvait changer le cours des choses. Certains, dans l'Histoire, ont péri brûlés, eux et leurs livres. Nous périrons brûlés à quatre cent cinquante et un degrés farenheit... Mais nous écrivons. Un mot de ci, un mot de ça, comme si nous écrivions pour quelque chose. Un jour, dans les colonnes du Monde, je lisais une phrase, que j’ai trouvée belle et que j’ai conservée :

 

     « Qu'il me soit pardonné si j'écris, car je crois qu'écrire est à peu près cela, pour moi et tous ceux de mon espèce: un cri, un appel, inutiles, de l'enfant que nous sommes tous restés, et qui a peur dans la nuit. »

 

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