Mes passions, mes photos, mes coups de gueule, mes billets, mes pamphlets, mes nouvelles, ...
Les années passent. Mes interventions sont devenues inutiles (l’ont-elles été un jour ?), mes questions sont demeurées sans réponse, mon pessimisme gagne du terrain. Je ne suis rien, je ne peux rien, même si j’essaie de bondir, parfois. Je me révolte, je rage, j’enrage, j’exulte, je bondis, je réagis, je provoque, j’écris. Billets, pamphlets, articles, enquêtes. Tout se passe, non pas à des milliers de kilomètres et en des temps les plus reculés, mais là, hier et aujourd’hui, tout près de chez nous, à notre porte. Et ce qui se passe chez nous se passe aussi chez vous. A chaud ou à froid, dans l’ordre chronologique ou non de leur déroulement, comme ça vient, comme je le sens, pour changer un peu du cadre rigide que nous imposent les journaux. Ces journaux, vous savez, ceux qui vous imposent le style impersonnel, qui vous interdisent de « je », le « nous », le « vous », qui vous censurent. Après ça, comment voulez-vous être réellement informés ? Ces médias, qu’on dit de « contre pouvoir », même de « quatrième pouvoir »… Tu parles, Charles. Et si les médias étaient aux ordres des politiques, eux qui se veulent neutres et impartiaux ? Et comme on sait que les politiques ne sont pas les seuls décideurs parce que, plus haut, il y a encore les industriels … Rien, vous dis-je, je ne suis rien. Au bas de l’échelle. Et alors ?
Certains vont à la pêche à la ligne, d’autres vont jouer aux boules. Et moi, j’écris. Quelle perte de temps ! Mais écrire est encore lutter, lutter comme on peut, dans ce monde mou et triste. Si on ne lutte pas un peu, qui le fera à notre place ? Et il y a de quoi se révolter. En tous lieux et de toutes parts.
J’aime la presse écrite, même si je la lis de moins en moins. Il y a longtemps que je ne regarde plus la télé, sans avoir le sentiment de passer à côté de quelque chose ! Et puis, un journal, c’est encore utile : je ne sais plus qui a écrit que « la télévision ne pourra jamais remplacer complètement les journaux, parce que personne ne se sert d’une télé pour tuer une mouche ».
La télé et Internet. La sur information qui mène parfois à la désinformation. Si les sources ne sont pas fiables, tant pis, l’essentiel est de parler du sujet avant son voisin. Nous sommes de plus en plus informés mais de moins en moins bien informés.
Les journalistes ont, quand même, une sacré mission de service public ; ils ont une lourde responsabilité devant ce qu’ils nous apportent, tous les jours, sur un plateau : l’information. Alors, dès qu’il y a l’acceptation d’un petit cadeau ou l’invitation à un voyage, halte là ! Le journaliste n’est déjà plus à sa place, qui devrait être toujours neutre, mais qui devient ami, puis complice. Alors, non, c’est vrai, la presse n’est pas libre, contrairement aux idées reçues ; alors non, le journaliste ne peut pas faire ni écrire ce qu’il veut ; mais le refus d’entrer dans ces petits jeux lui feraient peut-être reprendre une autre image que celle qu’il nous offre d’une profession corrompue.
Bien sûr, on ne peut pas tout dire. Bien sûr, il y a des sources à protéger, des ascenseurs à renvoyer. Mais quand même. Le journaliste ne devrait pas être une personne à se mettre dans la poche, sinon une personne à craindre ! Encore faut-il ne pas confondre présentateurs de télé, animateurs de radios, et journalistes d’investigation, ces derniers étant de moins en moins nombreux et pourtant les plus fiables. Mais tout lasse, finalement, quand on détient un dossier dont on ne sait que faire, étant donné que les journaux vont ne pas publier, et la télé ne pas parler !
Hervé Gattegno écrivait dans le « Nouvel Observateur » en 1992 : « Les journalistes d’investigation n’ont pas que des amis. Ils ont cette détestable manie de redouter le mensonge derrière le message, la vérité des faits derrière celle de mots. Ils veulent chercher quand il n’y a plus à chercher. Ils passent parfois pour des donneurs de leçons, des maniaques du soupçon, des intégristes de l’intégrité. » Ils sont censurés, parfois. Mais il vaut mieux être censuré que d’en arriver à de l’auto censure, qui est plus grave encore. Alors j’écris.
« J'écrirai ici mes pensées sans ordre, et non pas peut-être dans une confusion sans dessein; c'est le véritable ordre, et qui marquera toujours mon objet par le désordre même. Je ferais trop d'honneur à mon sujet si je le traitais avec ordre puisque je veux montrer qu'il en est incapable. »
(Blaise Pascal).
Ecrire, écrire... Combien y aura-t-il de chapitres, de parties ? Y arriverai-je vraiment ? Tout ne restera-t-il pas à l'état de brouillons, de bribes, de "morceaux choisis", de textes inachevés ? Tant pis, ou tant mieux, faites-en ce que vous voulez, jetez tout ou dites "c'est beau", et puis, ma foi, j'espère que je n'aurai pas perdu complètement mon temps... Vous verrez, quand je serai riche, et vieux, ou mort peut-être, on en reparlera. Quand on m'aura édité à trente millions d'exemplaires. C'est pour ça que j'écris, qu'est-ce que vous croyez ! Et puis c'est promis, maintenant que je me suis décidé, je vais m'y remettre. Je m'installerai devant mon écran et mon clavier - l'ordinateur, eh oui, c'est la vie, c'est le progrès- et je ne me lasserai pas de tapoter, et de me crisper sur les touches, et de m'émerveiller, et de transpirer, et alors je trouverai le temps, mais si, de raconter l'histoire de ma vie, mes souvenirs, mes états d'âme, mes sautes d'humeur, je trouverai le temps, si le temps ne va pas trop vite. Malgré le travail qui me bouffe tout, malgré la maison, la famille, les amis, le sommeil... Ils écrivent bien tous, les Autres ! Comment ils font, dis, comment ils font ?