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BLOCUS -----

    La révolution n’aura pas lieu. C’est qu’on a l’habitude, maintenant, une semaine par an, de ces blocus des camionneurs qui ne roulent plus pour nous !

 

     « La rentrée sera chaude », « l’hiver sera chaud », entend-on comme une vieille rengaine. Par l’école du spectacle et du cirque (j’allais écrire « du rire », mais çà ne me fait plus rigoler), les hommes politiques sont passés ; ils ont appris à marcher, à parler, à mentir. Jospin, sérieux comme un pape, comme avant lui tous ses petits copains, annonce qu’il ne cèdera pas. Les syndicats, c’est bien connu, après avoir allumé la mèche, lancent de l’eau sur l’incendie. Mais, cette fois, la base hésite, la base râle, la base ne suit plus… Huit jours de blocus. Messieurs, la récréation est terminée, on rentre dans les rangs !

 

     Les français, c’est bien connu, ont la mémoire courte. Combien y a t-il eu de conflits depuis vingt ans ? Pêcheurs (1980), viticulteurs (82, 84, 88,…), médecins (83), sidérurgistes (84), routiers (84, 92,…), SNCF (86, 87), RATP (87, 88), CDCA (89), étudiants (86, 95), etc. Mais, en fin de compte, « On » vous le dira : on n’est pas si mal que çà, chez nous ! Regardez ailleurs : en Ouganda, en Erythrée, ou à Jolo…

 

     En somme, il n’y a plus que Nostradamus, quelques gourous de tous poils, et la Bible, pour nous annoncer des cataclysmes : ça s’appelle le Grand Fracas, le Grand Chaos, le Grand Départ, le Grand Saut, le Grand Transit, le Grand Voyage… En vérité, en vérité, je vous le dis, il y aura des éclairs, et des tonnerres, et le feu descendra du ciel, et il pleuvra sur les mouillés. Et Dieu continuera à prendre un peu aux pauvres, car ce sont eux les plus nombreux…

 

     L’année étant bien entamée, le passage de l’an 2000 s’étant fait sans encombres, on peut maintenant faire la révolution. La révolution, la révolution… C’est que c’est pas si facile ! D’abord, il y a le crédit de la bagnole à payer, celui de la maison, et celui de la machine à laver. Mieux (ou pire) : celui des dernières vacances à la neige. Alors, perdre encore une journée de salaire… Les sur-endettés, eux, ne risquent rien ; ce sont eux qui devraient être les premiers à bouger. Or, ce sont eux qui n’ont pas intérêt à bouger, justement : assistés de A jusqu’à Z, la Société leur vient en aide et leur fournit le repas, l’assurance santé, la carte du bus, l’abonnement au téléphone… Ce sont eux que Ceux d’En Haut tiennent le mieux en laisse.

 

     Ceux d’En Haut : qui sont-ils, ceux-là ? Je ne sais pas. Ceux qui sont « au-dessus de nous ». Les bergers qui gardent les moutons ? Voilà. Les maires, les préfets, les ministres ? Non : au-dessus. Le Bon Dieu ? Pour ceux qui croient à ça, oui. Moi, je les appelle Ceux d’En Haut, ceux qui tirent les ficelles, ceux qui rigolent doucement. « Un milieu où vous n’êtes pas » dirait Coluche. Vous, vous êtes au bord. Au bord du gouffre.

 

     Moi, je suis un utopiste. Je rêve d’une révolution sans cadavres, d’une révolte sans mouchoirs. Comme Brassens : Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente ! Merci, messieurs les camionneurs, pour ces quelques jours d'agréable tranquillité passés à vélo sur les routes. Et merci pour la couche d’ozone !

 

 

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